par Ariba Shahid, Asif Shahzad et Parisa Hafezi
Des délégations américaine et iranienne ont mené samedi des négociations directes à Islamabad au Pakistan pour mettre fin à un conflit de six semaines, les deux pays menant de premières discussions à plus haut niveau depuis la révolution islamique à Téhéran en 1979 et des premiers pourparlers directs depuis 2015 et la conclusion d'un accord multilatéral sur le programme nucléaire iranien.
Dès le début des entretiens, des divergences sont apparues quant au contenu des accords, le Financial Times rapportant que les négociations butaient sur la question du détroit d'Ormuz.
L'armée américaine a déclaré avoir commencé à mettre en place les conditions pour déminer le détroit d'Ormuz, annonçant que deux navires de guerre, l'USS Frank Peterson et l'USS Michael Murphy avaient franchi le carrefour maritime.
"Aujourd'hui, nous débutons le processus pour établir un nouveau passage et nous partagerons ce passage sûr avec l'industrie maritime bientôt pour encourager la libre navigation des marchandises", a déclaré dans un communiqué l'amiral Brad Cooper, à la tête du Commandement centrale.
Le président américain Donald Trump avait auparavant annoncé sur son réseau Truth Social que la marine américaine avait coulé tous les navires iraniens poseurs de bombes et commencé une opération pour libérer le détroit d'Ormuz, bloqué de facto par Téhéran depuis le début des frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février dernier.
Le média iranien d'Etat Nournews avait qualifié cette annonce de "fausse information" alors que la télévision d'Etat arguait qu'aucun navire américain n'avait transité à travers le détroit d'Ormuz.
Les discussions directes initiales ont duré deux heures avant une première pause entre la délégation américaine, menée par le vice-président américain, J.D. Vance, et la délégation iranienne représentée par le président du parlement iranien, Mohammad Baqer Qalibaf, et le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a-t-on appris d'une source pakistanaise. Le chef de l'armée pakistanaise faisait également partie de la réunion.
La Maison blanche a confirmé que des discussions trilatérales avaient lieu entre l'Iran, les Etats-Unis et le Pakistan. Le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, et l'émissaire du président américain Steve Witkoff font également partie de la délégation américaine.
La délégation iranienne est arrivée dès vendredi dans la capitale pakistanaise, ses membres étant vêtus de noir en signe de deuil à la suite de la mort du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué au premier jour de la guerre.
Certains portaient des sacs et des chaussures de certains étudiants tués par une attaque américaine sur une école située près d'un complexe militaire, selon le gouvernement iranien.
"LE DOIGT SUR LA GÂCHETTE"
Une autre source pakistanaise ayant connaissance de la teneur des discussions à Islamabad a fait état de "ton changeant" entre les deux parties.
"Nous négocierons avec notre doigt sur la gâchette", a déclaré le porte-parole du gouvernement iranien Fatemeh Mohajerani à la télévision d'Etat.
"Si nous sommes ouverts à la discussion, nous sommes également conscients du manque de confiance, donc l'équipe diplomatique iranienne entre dans ce processus avec la plus grande prudence."
Plus tôt, une source iranienne de haut rang a déclaré samedi que les Etats-Unis avaient accepté de débloquer des avoirs iraniens gelés au Qatar et dans des banques d'autres pays étrangers. Un tel geste, qualifié de gage de "sérieux" en vue de discussions directes, serait "directement lié" au fait de permettre une réouverture du détroit d'Ormuz, a dit cette source.
Un dirigeant américain a cependant démenti cette information. Le ministère des Affaires étrangères du Qatar n'a pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire sur les avoirs iraniens gelés.
Pour atteindre un accord, Téhéran exige des réparations de guerre ainsi que le contrôle du détroit d'Ormuz et l'instauration d'un droit de péage dans ce carrefour maritime par lequel transitent 20% des exportations mondiales de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).
Trois superpétroliers ont transité à travers le détroit d'Ormuz samedi, selon des données maritimes, pour la première fois depuis l'annonce de cessez-le-feu.
ISRAËL CONTINUE DE FRAPPER LE SUD-LIBAN
L'Iran réclame aussi un cessez-le-feu au Liban avant de négocier avec les Etats-Unis, alors que la campagne israélienne contre le Hezbollah libanais, allié de Téhéran, a fait près de 2.000 morts dans ce pays depuis début mars.
Mohammad Baqer Qalibaf a déclaré sur X que les discussions ne pourraient pas débuter tant que ces deux conditions ne seraient pas remplies.
Les Etats-Unis et Israël ont déclaré que le Liban n'était pas inclus dans le cessez-le-feu de deux semaines annoncé mardi pour l'Iran.
Parallèlement au ballet diplomatique engagé au Pakistan - où la délégation iranienne devrait aborder les violations du cessez-le-feu par l'armée israélienne au Liban, selon la télévision iranienne - Israël et le Liban ont annoncé qu'ils discuteraient directement mardi à Washington même si le flou demeure sur l'ordre du jour.
Israël a poursuivi ses frappes sur le sud du Liban samedi matin, ont rapporté les médias libanais. Des journalistes de Reuters ont entendu un drone de surveillance israélien voler pendant plusieurs heures au-dessus de Beyrouth depuis vendredi soir et des avions de chasse franchir à deux reprises le mur du son dans le ciel de la capitale libanaise.
Le Hezbollah a annoncé avoir mené samedi plusieurs opérations militaires contre des positions israéliennes dans le territoire libanais ainsi que dans le nord de l'Etat hébreu.
(avec les rédactions de Reuters, rédigé par Raju Gopalakrishnan et Charlie Devereux; version française Camille Raynaud, Bertrand Boucey et Zhifan Liu)

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